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soleildesmots
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Dans ce blog, je partage avec les internautes mes pensées et mes écrits.
La poésie surtout...
Catégorie :
Blog Littérature
Date de création :
24.04.2015
Dernière mise à jour :
11.03.2022
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Derniers commentairesjolis tercets
Par Anonyme, le 24.05.2023
c'était en 2015...
déj? ? la maturité des grands
c'éta it en 2015
déjà la vision des plus grands
c'éta it e
Par Anonyme, le 23.05.2023
magnifique
Par Anonyme, le 10.03.2022
il y a écouter et entendre... celui qui sait écouter, entend la voix de l'autre. j'ai perçu vos mots. j'appréc
Par Peggy.B, le 14.12.2019
il y a ceux qui lisent, et disent qu'ils ont appréciés... http://au-fil- de-mes-deambul ations.centerb log.ne
Par Peggy.B, le 14.12.2019
NOUVELLE : IL N’Y A PAS D’AGE POUR AIMER
A quel âge faut-il aimer ? A partir de quel âge peut-on aimer ?
Jusqu’à quel âge peut-on encore aimer ? Y a-t-il une date de péremption pour l’amour ?
Qui choisit l’autre, l’être ou l’amour ? Choisit-il de s’emparer de notre être, sans notre consentement, en nous volant tout ce que nous avons de raisonnable, à n’importe quel moment ?
J’ai moi-même le tournis à force de me poser ces questions. Peut-être que le temps détient la réponse. Le temps, ce serpent dans les entrailles duquel nous sommes faits prisonniers, nous conduit là où il veut bien et comme bon lui semble. Il est seul à savoir où se trouvent sa tête et sa queue, s’il en a.
C’est le temps qui m’a conduit à l’amour. Cet univers si étrange dans lequel les vertébrés et les invertébrés finissent par avoir mal à la colonne vertébrale.
A l’âge de neuf ans, je ressentais déjà un malaise au niveau de la poitrine.
Maman pensait que c’était à cause des entrainements. J’étais dans un club d’athlétisme. Elle m’a même demandé, incroyable, si je ne consommais pas des produits dopants. A quel âge ? Et pour quoi faire ?
Le mal a tellement persisté que Maman m’a conduit chez le médecin. Chose étrange, le pédiatre nous avait recommandé un gynécologue réputé, le Docteur BISSOGO Martin. A la fin de la consultation, je ne savais que c’était « si grave ». J’avais quand même retenu :
- Votre fille est de celles qui prennent le départ avant le top.
Je ne voyais pas où il voulait en venir. Quant à ma mère, elle n’avait pas l’air très enchantée. Pourquoi ? Des produits dopants ? Lesquels ? Et à quel moment ? A mon insu ?
Dès ce moment, elle a commencé à me surveiller un peu plus. La liste d’interdictions s’est allongée.
Ma mère ne m’avait jamais dit ce que je devais faire. Elle me disait tout le temps ce que je ne devais pas faire. Je ne devais plus m’amuser avec les garçons… Et le club alors ?
Ma mère savait que je devenais méconnaissable toutes les fois qu’il s’agissait de me déconseiller d’aller au club. L’idée seulement de ne pas courir me mettait dans tous mes états. J’étais furieuse et elle reculait. Elle se rangeait.
Ses soupçons s’élevaient sur mes relations avec d’autres filles. Ça l’irritait de penser que sa fille entretienne des rapports intimes avec quelqu’un du même sexe. Que voulait-elle à la fin ? Peur des garçons, peur des filles !
Ma tante lui avait juré, sans preuve évidemment, que c’était fréquent dans les milieux sportifs. Elle disait qu’une personne qui va avec une autre de même sexe c’est de la sorcellerie. C’était comme ça à la maison. Les points de vue escaladaient le trop, le peu et le rien.
Parlant de ma tante, elle n’avait pas pu se faire un mari pour elle toute seule. Elle n’arrêtait pas de surfer sur la toile pour dénicher un blanc qui n’attendrait qu’elle.
Ma tante s’habillait de manière spéciale pour se rendre au cybercafé. Si vous ne la connaissiez pas, vous vous persuaderiez qu’elle allait saluer J.K ROWLING elle-même.
Elle s’arrangeait toujours à avoir des vêtements plus ou moins beaux, fussent-ils issus de la friperie chinoise ou thaïlandaise. Elle n’était plus très jeune. Elle s’agrippait sur la façon qu’elle avait de transpirer d’exubérance.
Mon père disait que ce n’était qu’un exutoire. Il ajoutait que de vieux produits dans des emballages neufs ne deviendront jamais des produits neufs.
A bien regarder ma tante, j’ai acquis la conviction que l’adulte est cet enfant chez qui les années et les évènements se sont succédé sans son consentement.
Sans mon consentement aussi, mon corps me défiait tous les jours. On dirait qu’il voulait m’impressionner. Il prenait de la mesure à peu près chaque fois que je respirais.
Mes fesses poussaient comme si on y avait mis de la levure. Ma poitrine ne cessait de prendre du volume. Combien de fois ai-je été le lit des rumeurs les plus pimentées d’ONGOLA ? Je ne sais plus.
Ce que je sais par contre, c’est que le jour de mon dixième anniversaire, pile poils, j’ai eu mes premiers saignements, ce sang qui coulait subitement comme si j’avais une hémorragie.
Même ma mère a crié à la sorcellerie. Ah ! Ce mot dos-de-chameau qui renferme tout ce que l’on ne sait pas encore par les sens ordinaires ou que l’on ne cherche pas à comprendre ! C’est tout ce que l’on ignore ou que l’on ne fait pas l’effort de comprendre.
A l’âge de dix ans, j’étais en classe de sixième. Une autre mise en forme de la précocité car, une fille de mon âge accédait rarement en classe de sixième à dix ans.
L’obtention de mon CEP a été l’occasion d’une fête à la maison, une maison clôturée, avec un portail et une barrière. Mes voisins de quartier m’appelaient « fille de barrière ».
Avant que ne surviennent ces évènements qu’avait prédits le Docteur BISSOGO, j’étais maigre comme une anorexique. Paradoxalement, je mangeais sans savoir m’arrêter. Je jure que je ne sais pas moi-même où tout cela perdait.
Le coach, monsieur OSESSA, disait que si ma physionomie ne changeait pas, je n’avais aucune chance à la longue pour être retenue pour la vitesse.
- Nous allons te mouler dans les startings pour les 800 et 1500 mètres. Linda ! Mademoiselle Linda ABENG, où avez-vous la tête ?
Je me délectais des images de l’entrainement de Nicolas NTOLO. Il était à l’université, moi qui savais à peine ce à quoi renvoyait le CEP.
Nico avait non seulement le BEPC, le probatoire mais aussi le baccalauréat en anglais renforcé. Il parlait anglais aussi aisément qu’il courait. C’était notre spécialiste du 400 mètres, notre Jeremy WARINER en noir et en plus petit.
Quand il franchissait la ligne d’arrivée, les autres arrivaient avec tellement de retard qu’on aurait parié qu’on lui avait donné une avance ou qu’un phénomène mystérieux avait ralenti la course de ses concurrents. Il ne courait pas : il faisait des bonds, il s’envolait.
La distance entre lui et moi était immense. L’âge, le talent, les études, tout nous séparait. Le seul trait d’union c’était le club. Je ne me privais pas de le mater quand l’occasion se présentait.
On dira que le passé est un parfum qui sent toujours bon, que le présent est une plante que l’on arrose malgré soi et dont on vénérera tout de lui, même les feuilles mortes. Mais c’était magnifique de le voir courir, de le voir gagner, d’imaginer son regard caresser ma silhouette.
J’éprouve la même sensation aujourd’hui. Le plus bel appareil photo de l’homme se trouve en lui : c’est sa mémoire. C’est le plus fidèle des enregistreurs. La mémoire de l’homme conserve les images, lesquelles ne vieillissent pas en lui. Le moindre déclic vous restitue le tout. Tout ce que vous voulez. C’est un présent que je réveille quand bon me semble.
Tant pis si le coach me punissait pour quelques tours et abdos. Tant pis s’il disait que je n’arriverais à rien si j’étais tout le temps en train de rêvasser. J’avais la foi : la force opérationnelle de l’imagination.
Ma tante disait que si on veut qu’une chose se réalise, il faut la vouloir intensément. Il faut se reproduire à l’esprit ce que l’on veut et rester convaincu.
Je l’avais déjà expérimenté pour le CEP. J’étais décidée à renouveler l’expérience avec Nico, le champion, l’élu à venir de mon cœur, l’élu à venir de mon corps.
Oui, je pensais à ça tout le temps. Surtout ne pas en parler devant Maman. Je ne me foutais pas de ce qu’elle allait dire ou faire. Je me préoccupais pas de son état de santé en premier lieu.
C’est mon père qui me l’avait soufflé : son épouse a fréquemment des problèmes respiratoires. Je devais ménager son cœur et être la plus obéissante. Cette complicité passagère m’avait effleurée lorsque j’avais été admise en classe de cinquième.
C’était évident, pour moi-même comme pour les autres : j’avais quelque chose de plus que mes camarades, que les filles de mon âge. Je déteste que l’on dise fillette. D’ailleurs, ça fait longtemps que ce vilain mot ne correspond plus à mon apparence physique. Une silhouette qui attire tous les regards, même ceux des femmes. Je vois ça dans leurs regards.
- Ah ! Si je pouvais être gâté par la nature comme cette sublime demoiselle, chuchotent les regards.
Une seule personne restait indifférente à tout cela. Alors, leurs regards et leurs compliments m’attristaient. Tout était dépeuplé.
Je ne devais pas laisser faire le hasard. Il fallait que je prenne les choses en mains. Ma tante dit que le hasard est un stylo de substitution qui écrit sur les pages blanches de notre volonté lorsque notre vouloir n’est pas en première ligne pour remplir ces pages vierges avec lesquelles nous nous levons chaque jour.
J’avais un atout. Je ne l’ai pas perdu. J’avais juste pris conscience au moment où il fallait que je puisse m’en servir comme tremplin.
Notre prof d’éducation physique et sportive, monsieur Victor EKAN alias « CHAUD GARS » ne me laissait pas respirer :
- ABENG, tu es un piège.
- Est-ce un compliment, monsieur ?
Il esquivait la question, la paire d’yeux absorbée par mon corps. Il était comme la grenouille hypnotisée par le serpent. Si je lui faisais une bise, je pouvais lui indiquer la paire de chaussures que je voulais. Le lendemain, il me la ramenait toute neuve. Les chocolats, c’était tous les jours.
J’avais besoin d’argent pour mettre le cœur de l’objet de mon affection dans une boite. Et j’avais commencé à tisser ma toile. Il n’y a pas d’âge pour aimer…
A suivre dans "Le carrefour des célibataires", recueil des nouvelles publié aux éditions VERITAS
Pierre Emmanuel OMBOLO MENOGA